Recherche et conservation en Afrique: nos scientifiques au Congrès AETFAT
Lors de cette rencontre, nos scientifiques ont présenté leurs recherches, développé de nouveaux réseaux et partagé des stratégies innovantes pour préserver la biodiversité du continent africain et de Madagascar.
Début août, quatre de nos scientifiques – Cyrille Chatelain, Laurent Gautier, Alessandra Havinga et Fred Stauffer – ont pris part à Accra (Ghana), au 23ᵉ Congrès de l’Association pour l’Étude Taxonomique de la Flore d’Afrique Tropicale (AETFAT), le grand rendez-vous trisannuel consacré à l’étude botanique et à la conservation de la flore et de la végétation tropicale africaine et malgache.
« L’Afrique et Madagascar sont au cœur de plusieurs de nos projets de recherche et de conservation. Nous mettons aussi à disposition de la communauté scientifique l’AfricanPlantDatabase, une plateforme unique qui recense plus de 65›000 espèces de plantes à fleurs, fougères et conifères du continent africain et de Madagascar. L’AETFAT 2025 a ainsi été une occasion privilégiée pour partager nos résultats, apprendre de nos pairs et imaginer ensemble de nouvelles stratégies pour préserver la biodiversité dans un monde en pleine mutation », explique notre Directeur Nicola Schoenenberger.
Un nouveau réseau Africain dédié à l’étude et la conservation des palmiers
L’un des résultats marquants de ce congrès est la création d’un réseau panafricain de scientifiques et de botanistes spécialisés dans les palmiers, initié par notre projet de recherche Multipalms mené en collaboration avec le Centre suisse de recherche en Côte d’Ivoire et plusieurs experts d’Afrique de l’Ouest.
« Ce nouveau réseau, ouvert à l’ensemble des spécialistes des palmiers, vise à renforcer la recherche fondamentale et appliquée sur ces espèces en Afrique, notamment à travers des inventaires, des études taxonomiques, l’analyse de leurs usages, ainsi que la mise en place de programmes de conservation », explique notre Conservateur Fred Stauffer, spécialiste mondialement reconnu des palmiers.
« La mise en commun des expertises, le développement de projets conjoints et le partage de bonnes pratiques sont essentiels, compte tenu de l’importance des palmiers en Afrique – tant pour leurs usages que pour leur rôle culturel et écologique – et face aux menaces anthropiques et climatiques croissantes qui pèsent sur de nombreuses espèces présentes sur le continent et à Madagascar. »
Cartographier les forêts du nord de Madagascar pour mieux les protéger
Notre chercheuse Alessandra Havinga a présenté son travail de doctorat consacré à l’élaboration d’une carte détaillée des forêts du nord de Madagascar en combinant des images satellites avec des données topographiques et climatiques.
Cette méthode novatrice s’appuie sur des séries temporelles, des algorithmes d’apprentissage automatique (Random Forest, réseaux de neurones convolutionnels) ainsi que sur les approches de cartographie des milieux que nous avons développées à Genève. Elle répond à un enjeu majeur : actualiser nos connaissances sur la végétation dans une région où la biodiversité – parmi les plus riches au monde – est gravement menacée par une déforestation massive, qui a déjà fait disparaître près de la moitié des forêts naturelles de Madagascar depuis 1953.
La carte produite permettra de différencier précisément les types de végétation et de repérer les fragments forestiers encore non protégés. Elle constituera ainsi un outil essentiel pour renforcer le réseau national d’aires protégées. Réalisée en collaboration avec les communautés locales, les autorités et l’ONG Famelona, cette recherche ouvre la voie à des actions de conservation ciblées, indispensables pour préserver la résilience écologique du nord de l’île à long terme.
« En tant que jeune chercheuse, ma participation à ce congrès m’a offert l’opportunité d’échanger sur mes travaux avec des collègues venus d’Afrique et d’ailleurs, tout en élargissant mon réseau scientifique », souligne Alessandra Havinga.
Des lignes directrices pour intégrer la conservation dans la recherche botanique
Avec plus de 30 ans d’expérience dans la coordination de projets scientifiques et de conservation à Madagascar, nous avons présenté neuf lignes directrices destinées à aider les botanistes à inclure la conservation dans leurs travaux de recherche.
Elles mettent notamment l’accent sur l’implication des communautés locales, le développement de partenariats avec des ONG de terrain et la sélection d’espèces indigènes adaptées aux projets de reboisement.
Une référence botanique pour l’Afrique de l’Ouest
Notre Conservateur Cyrille Chatelain a présenté la nouvelle Flore Illustrée du Burkina Faso et du Mali, première documentation complète de la richesse végétale de ces deux pays.
Fruit de plusieurs décennies de recherche et de collaboration scientifique entre le Burkina Faso, le Mali, la France, la Suisse et l’Allemagne, cet ouvrage recense 2’631 espèces de fougères et de plantes à fleurs, dont 2’115 au Burkina Faso et 1’952 au Mali.
Illustrée par plus de 800 photographies et 2’631 dessins scientifiques, il fournit des descriptions détaillées, des cartes de répartition et des clés d’identification, constituant un outil essentiel pour la recherche et la conservation de la biodiversité sahélienne.
« Cette parution marque une étape importante : aucune flore nationale n’avait été publiée pour la région depuis plus de 60 ans, à l’exception de la Flore du Tchad (2019). Elle s’appuie sur l’AfricanPlantDatabase et rend hommage au botaniste Jean-Pierre Lebrun, pionnier de la documentation floristique en Afrique tropicale » souligne Cyrille Chatelain.
Les Sapotacées d’Afrique et de Madagascar : état des connaissances et enjeux de conservation
Les Sapotaceae, famille d’arbres tropicaux connus pour leur bois précieux et leur longévité, sont des témoins des forêts primaires d’Afrique de Madagascar, permettant ainsi de mieux comprendre la dynamique à long terme de ces formations végétales. Ce sont par ailleurs des bois recherchés localement comme sur le marché international, ce qui les rend très vulnérables. L’étude de ces géants est complexe, car leur reproduction est tardive et discrète, souvent haut dans la canopée, rendant la collecte difficile et ralentissant la recherche taxonomique.
Impliqué dans un projet de recherche et de conservation à Madagascar ainsi que dans divers inventaires en Afrique continentale, notre conservateur Laurent Gautier a présenté l’état actuel des connaissances sur les Sapotaceae, en identifiant les groupes qui nécessitent des études approfondies et en soulignant les liens biogéographiques entre les deux régions.
« À ce jour, nos recherches sur les Sapotaceae ont permis de décrire une quarantaine de nouvelles espèces et un nouveau genre, dont la plupart sont rares et menacés. Ce travail, mené depuis plus de 15 ans, comprend depuis peu un volet de mise en culture en vue d’enrichir les forêts en reconstitution, un élément est crucial pour la conservation de ces arbres. Les recherches se poursuivent pour résoudre la taxonomie de certains groupes particulièrement complexes, mieux comprendre l’évolution de cette famille et assurer sa protection », explique Laurent Gautier.