A la découverte de notre collection d’algues !

Dans le cadre du projet « Algae Reveal » soutenu par l’Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT), nous avons réorganisé de fond en comble l’importante collection d’algues de notre herbier de cryptogamie, composée de près de 75’000 échantillons provenant du monde entier et récoltés dès le 18ᵉ siècle. 

Différents groupes y sont représentés : les diatomées (algues microscopiques) sont montées sur des lames en verre, tandis que les algues brunes, vertes, rouges et les cyanobactéries (les algues bleues) sont montées soit sur des chemises comme les fougères ou plantes à fleurs, soit rangées dans des enveloppes en papier (les capsules) comme les mousses.

Cette réorganisation – entamée en décembre 2022 et qui va se poursuivre jusqu’en septembre 2024 – nous a permet d’actualiser cette collection et de la mettre à disposition du monde scientifique via sa numérisation. 

Des découvertes inspirantes

Nos scientifiques se sont ainsi penchés sur des paquets de matériel non monté et stocké depuis des décennies afin d’en examiner le contenu, le conditionner, le numériser et l’intégrer à l’herbier. 

« Parmi nos premières découvertes se trouvait une belle algue rouge, récoltée il y a 220 ans, le 2 mars 1803, sur la côte de Cornouaille au Royaume-Uni, sous le nom de Fucus gigartinus Oeder (= Euthora cristata (C. Agardh) J. Agardh). En tenant ce morceau d’histoire botanique entre nos mains, nous avons eu l’impression de voyager dans le temps ! L’échantillon était encore conservé dans un vieux journal et les informations de récolte étaient écrites au crayon au dos de l’spécimen. Nous l’avons monté sur une chemise d’herbier et nous allons le déterminer pour qu’il puisse être numérisé et rangé dans la collection sous son nom scientifique correct » explique notre Conservatrice et responsable du projet Michelle Price

« Cette découverte a été une véritable source d’inspiration et marquait un excellent début pour notre projet. Ce spécimen, vieux de plus de deux cents ans, démontre que l’intérêt pour les algues existe depuis au moins deux siècles. Il nous rappelle également que notre fascination pour le monde naturel transcende les générations » ajoute notre Collaboratrice scientifique Marcele Gros. 

De la Bretagne à la Chine, en passant par le Groenland 

À ce jour, les noms scientifiques de plus de 300 familles, 600 genres et 4’000 espèces ont été enregistrés dans le Système Informatique Botanique de Genève (SIBG). Ces données sont accessibles au public en ligne via le Catalogue des herbiers de Genève, une base de données numérique regroupant les spécimens botaniques conservés dans notre herbier. Nos scientifiques ont ainsi saisi plus de 5’000 spécimens d’algues provenant de diverses localités européennes telles que la Bretagne, la Manche, la mer Méditerranée et la mer Adriatique, ainsi que de régions plus éloignées comme le Brésil, les États-Unis, le Groenland, l’Australie, l’Afrique du Sud et la Chine. A ce jour, 130 spécimens types, les échantillons étalon utilisées pour décrire les nouvelles espèces, ont été identifiés. Un chiffre qui augmentera à mesure que le projet progresse. 

La majorité des échantillons datent de 1800 à 1900 et ont été récoltés par des botanises et collectionneurs de renom comme A. M. F. J. Palisot de Beauvois (1752-1820), J. V. F. Lamouroux (1779-1825), C.A. Agardh (1785-1859), S.-R. Lenormand (1796-1871) ainsi que les frères P.-L. Crouan (1798-1871) et H.-M. Crouan (1802-1871). 

De nouvelles perspectives pour la recherche

« Grâce à nos efforts de numérisation, nous avons déjà remarqué une augmentation des demandes de prêt pour nos spécimens d’algues, ce qui souligne l’importance de notre travail de numérisation et de mise à disposition sur le Catalogue des herbiers de Genève. En effet, cette accessibilité a permis aux spécialistes de découvrir notre collection d’algues, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de recherche qui englobe nos spécimens » explique Michelle Price

Six mois après le début du projet, nous avons reçu une demande de renseignement sur les macro-algues brésiliennes d’un doctorant de l’Université de Rio de Janeiro. Nous lui fournissons les scans d’échantillons récoltés au Brésil qui sont présents dans notre collection. Ces spécimens offrent une richesse d’informations sur leur diversité et leur distribution dans le pays. En fournissant ces données, nous permettons au chercheur d’analyser les changements dans la biodiversité de ces macro-algues.

Cet exemple de collaboration souligne l’importance de la numérisation, qui permet non seulement un accès facilité à des échantillons rares et parfois fragiles, mais également la préservation des données précieuses susceptibles de se dégrader avec le temps et la diffusion des connaissances scientifiques pour soutenir la recherche actuelle et future. 

Une exposition dédiée dans le cadre de COLLECTOR

Dans le cadre de l’année COLLECTOR, une vitrine située au bord du lac met en lumière, chaque mois et jusqu’à décembre 2024, une nouvelle collection de cryptogames dont les algues, les mousses, les fougères, les lichens, les champignons et les myxomycètes.

Un rendez-vous à ne pas manquer pour découvrir des spécimens issus de nos collections et appréhender les informations sur les organismes ainsi que la remarquable diversité de leurs tailles, formes et couleurs.