Jardin botanique de Genève: 200 ans d’histoire

200 ans d’histoire

C’est au botaniste genevois Augustin-Pyramus de Candolle (1778–1841) que l’on doit la création du jardin botanique de Genève, en 1817. Plus de 200 ans jalonnés par des étapes phares.

Très vite à l’étroit en pleine ville

Tout d’abord situé au cœur de Genève, au pied des remparts de la vieille-ville, dans l’actuel parc des Bastions, ce jardin déménage pour gagner en espace. En 1904, on construit un bâtiment au lieu-dit La Console pour abriter les herbiers et la bibliothèque. Le jardin botanique s’étend alors sur une surface de 7,5 hectares dans le parc de l’Ariana.

Une construction progressive

En 1908 et 1911, on construit les serres et l’orangerie.

Entre 1954 et 1978, le jardin s’agrandit à 18 hectares, grâce à l’acquisition des domaines voisins. Aujourd’hui, on peut se promener sur 28 hectares de nature, à deux pas de la ville et du lac.

En 1971 et 1974, de nouveaux bâtiments sont édifiés pour accueillir les deux tiers de la collection d’herbiers et toute la bibliothèque.

Un engagement relayé avec enthousiasme

Depuis deux cents ans, les Conservatoire et Jardin botaniques de Genève (CJBG) poursuivent leurs missions, dans la continuité des fondateurs, avec engagement.
Il s’agit d’explorer le patrimoine botanique en menant des projets de recherche scientifique.
Conserver les espèces, qu’elles soient vivantes dans le jardin ou séchées dans les herbiers.
Rechercher et faire évoluer les connaissances du monde végétal, en particulier en systématique, floristique, et génétique des populations.
Transmettre les connaissances acquises par l’observation du patrimoine botanique: publications diverses, présentation des collections et expositions thématiques. L’enseignement se décline pour divers publics: stagiaires, apprentis ou civilistes actifs au jardin; universitaires dans les laboratoires de recherche en cryptogamie, phanérogamie ou systématique; les écoliers et le grand public intéressés par des visites guidées à thèmes ou ateliers de sensibilisation.
Protéger le monde végétal en trois axes: établir des listes rouges d’espèces en danger pour ensuite récolter et multiplier les espèces menacées, apporter des solutions pour les espèces envahissantes. Communiquer son enthousiasme pour le monde végétal et éveiller les consciences aux fragilités des espèces, afin de contribuer à l’élan général pour la protection de la nature.

Un jardin, concentré de nature et outil de recherche

Les CJBG offrent à leurs nombreux visiteurs un espace de beauté et de détente, de sensibilisation à la conservation d’une nature trop souvent menacée, tout en menant de nombreux programmes de recherche régionaux, nationaux ou internationaux, utilisant pour leurs investigations les techniques les plus modernes (télédétection satellitaire, biologie moléculaire, systèmes d’information du territoire, culture in vitro, séquençage automatique d’ADN).

La bibliothèque des CJBG

Les chercheurs et les personnes intéressées ont un accès aisé à cette formidable collection documentaire traitant de la majorité des thèmes de la botanique et de la mycologie.

Vous vous intéressez à la classification et la description des organismes, la biogéographie, l’écologie, l’ethnobotanique, l’horticulture, la physiologie et la biologie moléculaire? Bon nombre d’ouvrages ont trait à des travaux de flores et d’études taxonomiques, ainsi qu’à  l’histoire de la botanique. Une vaste palette de livres de vulgarisation complète cette collection.

La bibliothèque possède aussi de magnifiques ouvrages pré-linnéens des XVIe et XVIIe siècles et une remarquable série de folio et de quarto botaniques du XVIIIe siècle, pour la plupart richement ornés de gravures. Ce patrimoine exceptionnel témoigne de la longue tradition botanique genevoise.

Une collection qui s’étoffe au fil des ans

À ses débuts (en 1824), la bibliothèque du Conservatoire botanique est modeste et le restera tout au long du XIXe siècle. Quelques achats, dons et legs n’accroissent que lentement le fonds primitif. Son véritable essor date du début du XXe siècle, plus précisément en 1920, lorsque le botaniste vaudois Emile Burnat lègue à la Ville de Genève sa prestigieuse bibliothèque botanique de 3000 volumes, qui comprend elle-même des éléments des collections de Louis Leresche, du doyen Bridel et du justicier Abraham Thomas. Peu après, la fondation Rockfeller contribue à assurer l’achat de nouveautés.

En 1921, la célèbre bibliothèque de Candolle est à son tour cédée par la famille du dernier botaniste de ce nom. Cette merveilleuse collection familiale se compare aisément à celles des grands musées nationaux. Autre élément de choix à rejoindre le Conservatoire, la bibliothèque Boissier qui est donnée en 1943 de façon permanente par l’Université qui la tient elle-même de la générosité de la famille Boissier. Par la suite, la bibliothèque peut accueillir des compléments utiles, tels que les bibliothèques de la Société botanique de Genève et de la Société genevoise d’horticulture ainsi que les fonds anciens de l’Institut de botanique générale et des Laboratoires de pharmacognosie et de pharmacie galénique de l’Université. A la fin des années 1970, l’importante bibliothèque de Paul Aellen rejoint la collection.

Depuis, la Ville de Genève, dépositaire de ces richesses, permet par des crédits réguliers l’acquisition des publications nouvelles et maintient ainsi la bibliothèque à jour.

Des ressources en réseau

Un espace en libre accès permet de consulter une partie de la collection, sélectionnée pour l’initiation à la botanique. Depuis décembre 2020, la bibliothèque des CJBG a rejoint le nouveau réseau suisse des bibliothèques universitaires SLSP (swisscovery), après 36 ans de collaboration au Réseau des bibliothèques de Suisse occidentale (RERO). Ce portail de recherche modernisé rassemble 500 bibliothèques scientifiques de Suisse totalisant 30 millions d’ouvrages.

Les herbiers des CJBG

Avec ses quelque 6 millions d’échantillons, l’herbier des CJBG est l’un des plus importants au monde. Héritier d’une longue tradition botanique genevoise qui remonte au XVIIIe siècle, il rassemble des végétaux et des champignons du monde entier, mais surtout de la région méditerranéenne, du Proche- et Moyen-Orient, d’Amérique du sud et de la flore européenne.

L’herbier n’est pas ouvert au public, mais des visites de groupes sont organisées plusieurs fois par an lors des visites guidées programmées.

Histoire de la collection d’herbiers des CJBG

L’histoire de la collection générale débute avec le don de l’herbier Haller filius, en 1823, mais c’est avec l’arrivée à Genève de l’Herbier Benjamin Delessert en 1869 (300’000 spécimens du monde entier) que le Conservatoire botanique acquiert une véritable stature internationale. De nombreuses collections viennent ensuite augmenter la collection générale dont l’accroissement se poursuit, par échanges, dons et achats, et par les récoltes des botanistes de l’institution. Parmi les plus importantes collections qui sont venues s’ajouter à l’Herbier général on peut citer:

Phanérogamie

P. Aellen; W. Barbey; P. E. Boissier; A. P. de Candolle; A. L. P. P. de Candolle; A. C. P. de Candolle; E. Hassler; W. G. F. Herter; A. Huber-Morath; R. V. Litardière; G. Looser; P. Mouterde; H. Pabot; K. H. Rechinger; G. F. Reuter.

Cryptogamie

J. J. Brun (Diatomées); A. P. De Candolle; J.-E. Duby (Musci); J. Favre (Basidiomycètes); V. Fayod (Basidiomycètes); A. L. A. Fée (Ascomycètes lichénisés); K. W. G. L. Fuckel (Ascomycètes); J. Hedwig (Musci); J. B. Jack (Hepaticae); M. Josserand (Basidiomycètes); R. Kühner (Basidiomycètes); J. Müller Argoviensis (Ascomycètes lichénisés); C. G. D. Nees (Musci); L. E. Schaerrer (Ascomycètes lichénisés); F. Stephani (Hepaticae).

Herbiers « fermés »

Ils correspondent en général à un ouvrage de référence selon lequel ils sont classés et dont l’ordre est immuable. Les échantillons de ces collections ne sont pas prêtés. Néanmoins, pour les rendre accessibles au plus grand nombre, les CJBG ont informatisé des échantillons d’herbiers (numérisation des informations contenues sur les étiquettes et scannage des spécimens), toutes ces informations étant centralisées dans le Système d’Informations Botanique de Genève (SIBG). À terme, le SIBG est destiné à être supplanté par un nouvel outil, open source: BOTALISTA.

G-DC (Herbier de Candolle): cet herbier comprend non seulement les matériaux utilisés lors de la rédaction du Prodrome, mais aussi ceux des «Monographiae Phanerogamarum» (les autres séries de l’Herbier De Candolle ont été incorporées dans l’Herbier général (G)).

G-BOIS («Flora Orientalis»): cet herbier a été reconstitué dans les années 1960, sur la base des matériaux cités dans le «Flora Orientalis» (les autres collections de l’Herbier Boissier sont incorporées à l’Herbier général (G)).

G-BU (Herbier Burnat): comprend un «Herbier des Alpes maritimes», un herbier d’Europe (comprenant les séries récoltées par John Briquet et utilisées pour son Prodrome de la Flore Corse) et l’herbier Thuret.

G-PREL (Collection prélinnéenne): Collection des herbiers Burman père et fils et Houttuyn extraite de l’herbier général depuis 1992 d’environ 30’000 spécimens anciens et comprenant des récoltes des XVIIe et XVIIIe siècles faites notamment dans les Indes, à Ceylan, au Cap de Bonne Espérance et dans les Antilles.